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Partir avec le Défap : témoignage de Daniel Cremer, service civique en Tunisie

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S'engager à l'étranger, c'est s'ouvrir à l'autre… Mais c'est aussi prendre le risque de s'aventurer dans l'inconnu. Comment concilier cette volonté d'ouverture, cette volonté d'aider, de vivre et de partager sa foi, avec un projet de vie ? Daniel Cremer, parti en Tunisie à l'école Kallaline, et lauréat de l'institut du service civique, raconte son expérience.


Daniel Cremer a été assistant d’éducation à l’école primaire protestante Kallaline, en Tunisie, pendant un an. Dans le cadre de son service civique, il a été chargé d’assurer des activités de soutien scolaire et d’animation ludique et sportive, tout au long de l'année scolaire 2012-2013. Il a notamment travaillé en lien avec Hoby Andrianirina, envoyée du Défap en Tunisie, qui enseigne dans cette même école.

Retrouvez ci-dessous la vidéo de présentation de Daniel Cremer à son retour en France pour le week-end des envoyés du Défap :

 

Pourquoi partir ?

Dans la  lettre de motivation qu'il avait envoyée au Défap, Daniel Cremer décrivait par ces mots la manière dont il envisageait cette expérience à l'étranger : il la voyait comme « un échange où j'apporterai mes compétences, ma main-d'œuvre et où j'apprendrai à connaître l'étranger que je serai et comprendre l'étranger que je rencontrerai ».

Apprendre à connaître l'autre et à se connaître : voilà qui est bien loin d'une ligne de vie ou d'une carrière toutes tracées. Mais comme le souligne Daniel Cremer lui-même, « j’aime prendre mon temps. J’aime me questionner sur les choses qui m’entourent, ce qui est bon, ce qui est utile, les choix que j’ai à faire. Finalement, j’aime agir sereinement après avoir amené mes projets à maturation (…) Lorsqu’on est amené à réfléchir sur ce que l’on veut faire plus tard parfois on a une volonté précise, parfois on a une feuille totalement blanche à écrire et parfois on a des convictions qui nous mettent en mouvement vers des destinations inconnues. Pourquoi ai-je eu envie de partir ? Il y a des éléments de réponses dans mon éducation, les voyages que j’ai réalisés, mes engagements, ma foi. »

Chant dans une classe © Daniel Cremer pour Défap

« Durant mon enfance, j’ai grandi influencé entre la théologie de mon père qui est pasteur et le pragmatisme de ma mère qui est assistante sociale. Plusieurs déménagements, de nombreux voyages qui ont cultivé en moi le plaisir de la découverte de l’autre, de l’engagement mais également la facilité d’adaptation à tout nouveau contexte. Ainsi, ma sensibilité pour les actions de solidarité internationale m’a conduit à m'engager personnellement. Mais un point déterminant fut l’entre 2 kiff, rassemblement de jeunes protestants organisé à Saint-Paul-Trois-Châteaux en octobre 2012. L’événement était organisé autour de la mission, et un après-midi il y eu un atelier avec un couple d’anciens envoyés Défap. Ils nous ont demandé ce que cela signifiait pour nous de partir, de se détacher de nos repères, de rencontrer une culture… et ce qui nous retenait de partir. Et ce simple atelier m’a fait reconsidérer la mission, et je me suis dit : "pourquoi pas moi ?". Cette idée a commencé à éclore petit à petit en moi. »

Dès lors, il fallait trouver comment s'engager. Où et pour quoi faire. Avec quel organisme… « Parallèlement, souligne Daniel Cremer, je terminais un IUT Mesures Physique à Grenoble, sans forcément rechercher une licence ou une école d’ingénieurs à intégrer par la suite. » C'est finalement à l'été suivant, le 4 juillet, que tout s'est décidé pour lui, à la suite d'un entretien au Défap : « Le soir-même, Elisabeth Marchand m’a appelé pour me dire : "Tu pars en Tunisie". Un immense soulagement… mais qui cachait un immense point d’interrogation. Qu'allais-je faire en Tunisie ? »

A la rencontre de l’inconnu

L'école Kallaine © Daniel Cremer pour Défap

« On ne peut toujours maîtriser tout ce qui se passe et ce qui va se passer, et moi particulièrement en cette occasion. Je me disais qu’en Tunisie je n’aurais pas tous les repères que j’avais ici. Qu'en cas de problème, les personnes en qui j’ai confiance ne seraient pas là. Alors j’ai reposé toute ma confiance là où je savais que j’aurais un soutien : j’ai mis ma confiance en Dieu. »

« En arrivant, je m’attendais à un choc culturel franco-tunisien. Finalement ce fut plutôt un choc franco-germanique. J’ai vécu toute l’année dans une colocation extraordinaire avec deux Allemands qui venaient comme moi travailler à l’école Kallaline. »

« Sur le plan relationnel, j'ai été particulièrement heureux, et moi-même stupéfait, de la vitesse de mon intégration. A la fois en tant que colocataire, que Tunisois et que volontaire, j’ai su rapidement établir des contacts, trouver mes marques, et gagner la confiance des autres. Ainsi, dès le début on m’a confié facilement des responsabilités à l’école. De même sur un plan interculturel, j'ai été étonné d’observer le "concept de l’accueil tunisien". Après six mois, nos voisins nous souhaitaient toujours la bienvenue à chacune de nos rencontres ; j'étais le frère de tout le monde ; ici, on souhaite une bénédiction lorsqu’on se dit bonjour et au revoir. »

« Savoir partir, c'est savoir revenir »

Club de percussion © Daniel Cremer pour Défap

Daniel Cremer le reconnaît lui-même : « Savoir partir, c'est aussi savoir revenir ». Et son  expérience à l'école Kallaline, en le faisant évoluer, lui a ouvert de nouvelles perspectives à son retour. « En bousculant mon train de vie, en quittant mes parents, mes études et mon pays, j’ai voulu vivre une expérience extraordinaire en prenant le risque de l’échec. De nombreuses incertitudes ont accompagné mon départ, qui ont disparu au fil des mois ; en m’enseignant la confiance, cela m’apporte une réelle assurance en mon identité. L’ouverture à un milieu professionnel a élargi mon projet de carrière. En m’investissant pleinement dans mon volontariat, j’ai sorti la tête des sciences physiques pour me plonger dans une autre aventure plus sociale et humaine. »

Un investissement personnel reconnu et apprécié au sein de l'école Kallaline, mais aussi en-dehors, puisqu'il lui a permis de devenir lauréat de l’institut du service civique. Avec à la clé un soutien pour la suite de son parcours professionnel. « L’institut sélectionne chaque année des volontaires du service civique qui se sont fait remarquer par le sens qu’ils ont donné à leur engagement. Sous la présidence de Martin Hirsch et aidé par de nombreux partenaires, l’institut aide les lauréats dans leur parcours professionnel, universitaire, ou pour monter d'autres projets. Il apporte un soutien financier, attribue un parrain à chaque lauréat, organise des séminaires où les lauréats sont amenés à se rencontrer, à réfléchir à leurs projets, à assister à des conférences passionnantes. »

Désormais inscrit en troisième année à l’ENS de Lyon en parcours de sciences de la Terre, Daniel Cremer avoue : « Aujourd’hui, je ne sais dire si l’institut a favorisé mon admission dans cette école (…) mais je sais qu’après mon IUT il aurait été impossible de l’intégrer. » Et l'aspect atypique de son parcours, loin d'être un handicap, peut être valorisé sur le plan professionnel : « Les écoles d’ingénieurs recherchent des étudiants qui sortent des sentiers battus, pouvant apporter une réflexion d’une autre richesse. »

Aujourd'hui, Daniel Cremer n'est pas davantage sur une voie toute tracée, qu'il ne l'était avant son départ pour la Tunisie. Mais loin d'avoir vécu une parenthèse à l'école Kallaline, il est sorti enrichi de cette expérience. « Actuellement, je me pose toujours plein de questions sur mon avenir. Mais en me confrontant avec la Tunisie et en l’aimant, je sais qu’il y a beaucoup de choses sur lesquelles je peux m’appuyer. »