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Accueil > Le VSI > Être volontaire > Témoignages > Témoignages d'anciens volontaires
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TEMOIGNAGES D'ANCIENS VOLONTAIRES :
- Amélie, volontaire Asmae au Burkina Faso
- Anis, Sophie, Jean François et Laeticia, volontaires ERM
- Valérie, volontaire SCD, le retour en France après 2 ans 1/2 en Birmanie
- Reine, volontaire SCD, responsable de deux petites maternités en Haïti
- Jean-François, administrateur, volontaire Médecins du Monde
- Sylvain, logisticien, volontaire Médecins du Monde, SCD
- Témoignage de Guy, Médecin, volontaire Médecins du Monde
 
Après avoir obtenu son diplôme de l’ESC Lyon en 1999, Amélie est partie 3 mois en Inde pour appuyer un projet de développement pour une association indienne œuvrant à la réinsertion des enfants des rues de Calcutta. A son retour, elle a intégré une association de financement solidaire destinée à soutenir la réinsertion des personnes exclues en France. Son travail consistait à analyser des projets et à proposer des solutions de financement.
Ayant le souhait d’approfondir son expérience sur le terrain et de travailler au contact des personnes en difficulté, Amélie est interpellée par la politique d’intervention d’Asmae en soutien à des initiatives locales pertinentes. Elle est alors envoyée en mission pour 1 an pour appuyer des associations burkinabés, partenaires d’Asmae. Amélie a terminé sa mission pour Asmae au Burkina Faso début juillet 2004.

« Je suis intervenue concomitamment auprès de quatre associations locales situées à Ouagadougou et à Ouahigouya. Toutes les quatre ont fait preuve de leur capacité à mener à bien des projets dans le domaine de l’enfance (éducation et formation, santé, sensibilisation,…) ou de l’environnement proche de l’enfant (activités génératrices de revenu, programmes de micro-crédit pour les mères,…).

Elles sont freinées dans leur développement par un défaut de structuration, préjudiciable à leur crédibilité auprès d’éventuels partenaires. L’objectif de ma mission a été de les aider à pallier ce problème par un appui - conseil dans les domaines suivants :
• les aider à la mise en place d’un système de gestion transparent et efficace,
• les aider à améliorer leur fonctionnement associatif
• leur permettre la rédaction de rapports narratifs et financiers,
• les sensibiliser au montage de projets. »

« Cette expérience m’a beaucoup enrichie sur le plan personnel et professionnel. Les conditions de vie au Burkina sont difficiles et les perspectives d’avenir assez sombres… mais en dépit de leurs difficultés, les burkinabés demeurent très chaleureux. Cette mission m’a permis de prendre conscience des réalités du terrain et m’a confortée dans l’idée qu’un programme de développement doit avant tout prendre en compte les besoins locaux. Cela m’aidera à poursuivre mon parcours dans le milieu du développement.»
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Un engagement porteur de sens
Anis Gandeel, coordinateur Gaza : « Volontaire à ERM, en tant que responsable pédagogique (son ancien poste), je le suis devenu après un long parcours d’apprentissage et de transformation, que ce soit sur le plan personnel ou professionnel. Un champ nouveau s’est ouvert devant moi où il a fallu tout apprendre ou réapprendre. Ce qui est certain aujourd’hui est que je ne suis plus le même qu’avant ! Même si j’étais déjà ouvert au dialogue et à l’échange, je considère qu’il m’a fallu passer par de durs moments de remise en question de mes pensées et pratiques pour continuer à faire ce que je fais aujourd’hui. Le travail en équipe, la formation, les actions et interventions auprès des stagiaires, des enfants et des jeunes, les analyses, la réflexion, les échanges avec mes collègues et les chargés de missions d’évaluation m’ont permis de découvrir et de réaffirmer mon côté pacifiste et ont ancré en moi une croyance légitime en l’humain et en l’humanisme. Bref, j’ai retrouvé en moi cette capacité humaine et universelle qui est celle d’agir dans l’intelligence de la solidarité pour mieux être ensemble ».

Partager ma part d’humanité
Jean-François Granadel, ancien responsable pédagogique Kosovo : « Les fils et les filles du Kosovo doivent réapprendre à vivre, réapprendre à marcher comme un enfant longtemps paralysé, et je veux être à leur côté à ce moment-là. […] Porter un regard de l’intérieur, être au cœur du conflit, être au cœur de leur cœur pour mieux témoigner. Changer son regard sur le monde, c’est changer le monde et c’est peut-être trouver le pouvoir qui peut transformer toutes ces souffrances. Vivre l’humanitaire, c’est pour moi vivre intensément et partager ma part d’humanité ».

Se sentir utile
Sophie Naudeau, ancienne coordinatrice Guinée-Conakry : « Finalement, l’engagement humanitaire demeure une expérience très égoïste. Si peu de don de soi pour tant d’apprentissages, d’évolutions personnelles : le plaisir de la découverte, l’intérêt de la rencontre, de l’échange avec des hommes, des femmes et des enfants si différents souvent, et pourtant si proches dans leur humanité. Un sourire, un échange, un silence … La joie de se sentir là. Sentir, écouter, apprendre. La délicieuse sensation, bien sûr, de se sentir utile toute en s’accomplissant soi-même ».

Jouer sur le bon tempo

Laetitia Luzi : « Ainsi, la position qui a été la mienne, à savoir être l’interface entre deux organisations, garantissant l’appui de l’une (internationale) à l’autre (la locale), est fort délicate. Il faut tenter de chercher sa place sereinement et, dès le début, jouer sur le bon tempo pour l’équipe locale, afin de ne pas trop déraper d’un côté (la représentation autoritaire) ou de l’autre (le franc copinage complice). Subtil, et complexe. Mais en même temps, malgré ces difficultés, qui ne sont jamais totalement écartées, quel travail gratifiant et enrichissant ; quel plaisir d’avoir affaire chaque jour à une équipe motivée et ambitieuse, passionnée par ce qu’elle fait ! Quelle satisfaction d’observer l’équipe administrative trouver ses marques, prendre de l’assurance, commencer à faire les choses vraiment seule … et de voir aussi l’association se structurer et avancer, le programme continuer à se développer et à s’étendre … Quel plaisir aussi de refermer la porte tout doucement, quand on quitte la mission sur le pointe des pieds (quand on est comme Lucky Luke et qu’on a du mal à dire au revoir …), et qu’on voit derrière soi, au moment où on se retourne une dernière fois, les mêmes enfants qu’il y a un an, concentrés sur leur jeu, jeu d’artiste ou jeu d’enfants, les yeux pétillants et un sourire lumineux ».
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A la fin de ma coopé en Birmanie, j’appréhendais un retour en France brutal. La fin de la coopé, c’était la fin de 2 années et demi de ma vie, dans une société aux antipodes de la mienne, mais aussi la fin d’une expérience professionnelle extrêmement enrichissante et prenante. J’ai eu besoin de prendre le temps d’atterrir en douceur, de faire le deuil et d’aborder une nouvelle vie. Le retour pour moi, c’était avant tout un départ.
J’ai effectué ce départ en deux temps. J’ai d’abord pris deux mois pour voyager, pour partir un peu mais sans partir tout à fait. J’ai donc parcouru le Nord de l’Inde, puis une partie du Népal, puis le Vietnam du Nord. Même univers asiatique mais tant de particularités ! Pendant une partie du voyage, j’étais accompagnée d’amis français, ce qui m’a permis de retrouver mon " cercle " en douceur, et dans un autre cadre que la vie quotidienne française. Au Népal j’étais seule, seule avec moi-même, le temps de me retrouver, de réfléchir à mon avenir, à la place que je voulais avoir dans la société à mon retour. Ce voyage a été une parenthèse très agréable, un moyen de prendre du recul sur l'expérience que je venais de vivre. A la fin du voyage, je suis retournée en Birmanie pour faire une fête de départ et prendre le temps de faire mes adieux. J’étais présente mais déjà un peu ailleurs…
J’avais décidé de rentrer en France en été et de profiter de cette saison pour retrouver mes amis, ma famille. A mon retour, je n’avais que mes bagages, mais ni carte bleue (volée au Népal), ni logement (mes parents étant partis en Croatie). Mes amis m’ont complètement pris en charge pendant un mois, et m’ont emmenée avec eux à travers la France : mariages, fêtes, vacances… J’étais là avec eux mais sans être tout à fait là… Je ne pouvais pas raconter ma vie " là-bas " car si on ne l’a pas vécu c’est dur de faire comprendre les choses. J’en ai profité pour ne rien faire, me laisser vivre, me reposer, retrouver une digestion normale, le plaisir des douches chaudes, dormir dans une couette, parler français. J’ai fait le plein d’énergie.
En septembre, après le week-end de retour du SCD, j'étais prête ! Je me suis mise à chercher du travail dans l’industrie, en sachant exactement quel type de poste je voulais, et curieusement j’ai trouvé très vite. Mon expérience de coopé est très bien passée auprès des recruteurs car j’avais travaillé dans mon domaine d’activité, et pris des responsabilités que je n’aurais pas eues en France à mon âge.
Depuis mi-novembre, je travaille à Metz : encore une nouvelle expatriation dans une ville inconnue! Une nouvelle vie qui commence, un travail qui me plaît énormément et qui n’est pas si différent de ce que je faisais en Birmanie. Là-bas je construisais des petites installations d’eau dans des villages démunis pour trois francs six sous, ici je construis des petites usines d’eau potable pour des villages moins démunis et pour plusieurs milliers d’euros. Mais la finalité n’est pas éloignée ! Je dois recommencer un travail d’intégration, rencontrer des gens, me faire une vie sociale, choses qui me semblent familières. J’ai quelques contacts grâce au SCD, toujours prêts à unir ses volontaires et ex-volontaires du bout du monde (ou du bout de la France !).
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Infirmière de formation je suis partie sur une mission en Haïti où j’étais responsable de deux petites maternités de deux petits villages voisins dans leur isolement et leur misère. Pour une de ces maternités je devais prendre le flambeau de ‘ma’ prédécesseur qui avait écrit un projet d’autonomisation financière et humaine pour lequel elle avait trouvé les fonds. Je devais simplement en assurer la bonne réalisation. Je me suis donc retrouvée à exercer un métier qui n’était pas tout à fait le mien - celui de sage-femme - et à avoir des fonctions de gestion, d’administration, de gestion de personnel, de négociation.
De retour en France, dans ma réflexion sur « comment et où vais-je exercer mon métier ? » ma toute fraîche épopée haïtienne s’imposait - vive, forte, éclatante de soleil. Je voulais retrouver la qualité des relations humaines que j’avais vécue en Haïti, garder une activité multidisciplinaire et continuer sur la voix de la gestion d’équipe que je venais de découvrir en Haïti. En effet, toutes mes responsabilités en Haïti m’ont dévoilé mon goût et mes quelques qualités – et aussi mes défauts ! - pour la gestion d’équipe et le suivi de projet. J’ai finalement trouvé un poste de coordinatrice d’un centre de soins qui emploie 8 infirmières et une secrétaire.

Concrètement, dans mon quotidien, mon expérience dans un pays du sud m’a appris tout d’abord à ne pas gérer l’urgence sur le vif … je laisse parler les évènements, je laisse tomber la colère avant d’y répondre, je laisse parler une plaie, je laisse du temps au temps pour observer, voir germer les solutions.
J’ai aussi appris à replacer les priorités. Oui, une prise de sang c’est important, oui l’organisation du travail dans une équipe c’est important, … mais l’état de la personne qui est en face de moi plus encore. Au « ça va ? » rapide et furtif je préfère le « comment vas-tu ? » en arrêtant de faire ce que je suis en train d’entreprendre. J’ai, en Haïti, appris à m’asseoir, à arrêter net le programme de la journée si cela est nécessaire… C’est redonner à l’humain la première place, en remettant l’efficacité et la rentabilité à sa bonne place.
J’ai encore appris à être prête à tout : prête à défendre la petite cause à tout prix en n’ayant pas peur de bousculer les bien-pensants ! Défendre la place de notre profession à domicile méprisée par les hôpitaux, défendre les intérêts d’une personne en détresse sociale… des tas d’exemples. Après avoir franchi la porte d’un ministère ou d’une ambassade pour défendre la toute petite maternité perdue au fin fond du pays, on est prêt à pousser bien des portes – des portes que l’on ne se serait jamais autorisé à pousser auparavant.

Enfin, dans notre société où il faut toujours être "au top", avoir été soi-même un étranger, avoir eu à tout réapprendre (langues, goûts et coutumes) nous ‘déformate’. Etre simple, dans une attitude de toujours être en état d’apprendre et de découvrir laisse à l’autre le droit de s’autoriser à ne pas savoir. Cela rend les relations plus vraies. Cela permet de contrecarrer un peu notre système de compétition dans lequel on baigne.
Proposer cet autre regard, cet autre ‘être’ ici, c’est partager un peu de ce que j’ai reçu là-bas!
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Missions : Afghanistan, Haïti
Je ne supportais plus de travailler dans une simple logique commerciale et voulais rompre rapidement avec ce type de métier
J'ai obtenu un BTS de maintenance industrielle, avant de travailler cinq ans dans le service après vente d'un grand magasin. Ce travail ne m'épanouissait pas et il m'a très vite lassé. J'ai donc tenté de me réorienter en m'inscrivant à l'IFED, qui proposait une formation privée sur 3 ans, axée sur le développement. J'y ai passé un an, ce qui m'a permis d'obtenir une bonne culture du monde humanitaire. Néanmoins, j'ai préféré ne pas poursuivre ces études jusqu'au bout, car j'avais acquis suffisamment de connaissances et j'ai rapidement eu l'occasion de partir en mission au Timor et au Kosovo avec le CAM et Télécom sans frontières.
J'ai ensuite ressenti l'envie de travailler pour une association plus grande qui correspondait mieux à mes attentes. Cela m'a conduit vers MDM.
L'humanitaire me traverse l'esprit depuis que j'ai une vingtaine d'années, mais je n'ai à l'époque fait aucune démarche. Tout cela demeurait assez flou pour moi. Je me suis donc investi dans un autre secteur, sans doute par facilité. Mais ma soif de culture, de rencontres et de découvertes m'a finalement conduit dans cette direction.
Je recherchais un réel enrichissement personnel et voulais aussi par ce biais me "trouver".
Le travail d'administrateur est assez complet et diversifié
Il s'agit de gérer l'évolution des missions sur un même pays, donc d'assurer un suivi quotidien des programmes. J'ai passé un an en Haïti, où j'ai géré deux programmes dans leur intégralité et un autre en collaboration avec un administrateur local. J'ai ainsi été très vite plongé dans l'atmosphère traditionnelle.
Ce travail est très instructif car il nous oblige à être concerné par tous les volets de la mission. Il faut être capable de gérer une équipe et avoir des compétences dans des domaines assez variés, tels que la logistique (selon qu'il y ait ou non un logisticien), l'approvisionnement, la comptabilité (suivi budgétaire des dépenses et recettes quotidiennes), les relations humaines, la gestion de l'activité et des contrats du personnel local… Selon le pays concerné, nous avons à gérer différents types de formalités avec les autorités, comme l'obtention d'autorisations, d'assurances, le paiement des impôts, la location de matériel…
C'est une forme de défi qui motive particulièrement, rend plus autonome
Cette mission à l'étranger m'a permis d'acquérir de la maturité et de réelles compétences à des niveaux très multiples car l'humanitaire est aussi une expérience humaine formidable. On apprend énormément sur soi-même et sur la vie en général. Nous sommes confrontés à des problèmes communautaires que l'on ne maîtrise pas forcément. Cela induit un certain nombre de responsabilités et pousse à se surpasser.
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Quoi de mieux pour être plus ouvert que de rencontrer diverses cultures ?
Après avoir fait des études spécialisées dans l'électricité destinées à devenir technicien supérieur en chauffage et climatisation, j'ai eu une première expérience professionnelle de deux ans dans un grand supermarché, où j'étais responsable de la maintenance. Cela ne m'a pas du tout motivé et je ne me voyais pas finir ma vie là-dedans. J'ai donc décidé d'arrêter et de me reconvertir totalement.
Etant attiré par l'humanitaire, j'ai entamé une formation de logisticien-administrateur durant 15 jours avec MDM. J'ai ensuite proposé mes services au recrutement de l'association, mettant en avant mon bagage technique, exploitable sur le terrain et ma volonté concrète de vouloir agir.
L'humanitaire représentait pour moi une opportunité idéale d'assouvir un désir de connaître le monde dans lequel je vis, sans être touriste mais au contraire en ressentant pleinement les choses.
La fonction de logisticien est assez large et renferme différents aspects qui permettent d'avoir une vision d'ensemble de la mission en contribuant à son fonctionnement général
Les taches sont multiples et variées. En tant que logisticien, j'assure l'intendance en ce qui concerne la nourriture, l'eau, les logements… Il s'agit également de gérer les outils qui vont garantir la viabilité de la mission, comme les modalités de transports des équipements, de déplacements des équipes. Je m'occupe de la communication interne entre les différents intervenants sur le terrain. Je gère l'acheminement des commandes de matériels, de médicaments… depuis l'étranger ainsi que leur réception ou leur achat sur place. Je dois ensuite gérer l'ensemble du stock.
Différentes fonctions peuvent ensuite être confiées au logisticien selon son expérience, ses capacités et l'équipe sur place, comme la gestion du volet responsabilité-sécurité aux côtés du coordinateur.
Notre vision du monde devient plus ouverte et globale
Cette expérience m'a beaucoup apporté tant sur le plan professionnel que personnel. Les différentes missions que j'ai effectuées m'ont permis de découvrir plusieurs modes de vie différents, m'offrant la possibilité de m'insérer dans d'autres cultures, modes de pensées, croyances… Toutes nos opinions et nos présupposés sont dès lors remis en question. Par exemple, le continent africain a l'habitude de célébrer les morts à travers de grandes cérémonies, fêtes… ce qui diffère totalement de nos pratiques. Ma vision du monde s'est ouverte.
Les missions permettent également de retrouver la valeur de ressources élémentaires telles que l'eau, la nourriture... qui manquent dans ces pays. De retour en France, on relativise tous les petits problèmes quotidiens.
Au niveau de mes compétences professionnelles, j'ai désormais une réelle expérience de gestion d'équipe, capital que je peux aujourd'hui mettre en avant.
Je me suis vu confier des responsabilités qui pouvaient paraître disproportionnées compte tenu de mon âge et de mon expérience, mais qui m'ont réellement forgé, m'ont donné une meilleure confiance en moi et m'ont appris à travailler dans l'urgence en équipe. J'ai désormais une vision d'ensemble de la réalisation d'un projet.
J'ai rencontré ma compagne sur une mission car elle occupait le poste d'administrateur et nous avons fréquemment eu la possibilité de partir ensemble sur les missions d'urgence, ce qui était plutôt stabilisant.
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" J'ai participé à la mise en place de la mission d'urgence implantée en Iran suite au séisme qui a secoué la ville de Bam. Conscient de la nécessité d'apporter une réponse rapide et professionnelle dans ce type de circonstance, je me suis immédiatement porté volontaire pour l'Indonésie. Vu l'ampleur de la catastrophe, j'ai pensé que mon expérience pourrait être utile aux victimes indonésiennes. En quelques jours, j'ai trouvé un remplaçant pouvant assurer les consultations dans mon cabinet proche de Grenoble et je me suis libéré pour un mois ". Guy donne régulièrement son temps pour partir en mission humanitaire et cela depuis de nombreuses années. Une façon de ne pas s'enfermer dans un petit confort de médecin de campagne, de rompre aussi avec la routine et de soigner les populations en souffrance du bout du monde.
" A Bam l'an dernier, j'ai réalisé à quel point notre présence, lorsqu'elle est immédiate et efficace, rassure les victimes choquées et souvent silencieuses. Les premiers jours, elles se trouvent dans un état de sidération face au chaos qui les entoure. Seuls les élans de solidarité internationaux permettent peu à peu de les ramener à l'envie de vivre. Notre présence et nos actions jouent principalement un rôle de réassurance.
A Banda Aceh, je suis arrivé le 9 janvier, près de 15 jours après la catastrophe, et je me rends compte que l'urgence est permanente : les blessés ne sont pas encore guéris, la souffrance des survivants s'aggrave. L'écoute et les soins apportés par nos équipes sont un remède essentiel à leur sentiment de solitude. Pour moi, l'humanitaire est une réponse au malheur par la dignité et le droit car nous ne pouvons combler les besoins des populations par de simples gestes de secourisme. C'est la raison pour laquelle les équipes de Médecins du Monde s'inscrivent toujours dans le temps de l'accompagnement des populations. Notre objectif est de légitimer notre présence dans la durée afin d'améliorer les conditions de vie des personnes déplacées. "
A Banda Aceh, les petits pêcheurs, les fermiers dans les rizières… qui vivaient en bordure de mer dans des maisons en bois sont les premiers touchés. Leurs habitations ont été emportées par le tsunami : ils n'ont plus rien et certains patients sont les seuls survivants de leur famille. " Lors des catastrophes naturelles, les populations les plus pauvres sont toujours les plus affectées : c'est une constante. " En consultation, nous recevons principalement des hommes ; les femmes et les enfants, plus vulnérables ont presque tous été emportés ". A Lamlhom, village dans lequel se sont réfugiés les survivants de Lampuuk, ravagé par le séisme et le tsunami, environ 4 enfants sur 5 auraient disparu. Sur une population de 6000 habitants, il ne resterait que 700 âmes.
A Lamlhom ou Jantho, deux des sites dans lesquels Médecin du Monde s'est implanté, docteur Guy, comme l'appellent très vite les patients, s'installe sur une chaise, stéthoscope autour du cou et observe. Il ne comprend pas la langue mais peu importe, il regarde, caresse les mains des victimes, passe un bras autour de leurs épaules et le message semble évident. Celui de son engagement envers les gens qui souffrent… " Ici la première approche est bien sûr médicale et permet d'établir un contact. La seconde consultation est plus profonde : je m'attache toujours à comprendre la culture locale. Je pense que c'est la meilleure façon de favoriser l'expression de la souffrance, d'autant plus importante que le sentiment de culpabilité des victimes ajoute encore au drame. Nombre d'entre elles ont pu survivre en fuyant sur les collines avoisinantes mais en laissant derrière elles leurs parents ou leurs enfants. "
Le soir, à l'issue de la journée de travail, l'équipe se regroupe et chacun explique ses activités. L'expérience de Guy se traduit aussi par une analyse de la situation dans son ensemble. " Le bon relationnel permet très vite de dépasser les problèmes somatiques et les patients confient volontiers leur histoire ", confirme t-il. " D'autres difficultés se posent sur les camps en terme d'hygiène et de soutien psychologique. Il est urgent, si nous voulons réaliser un travail de qualité, d'envisager une action globale. Pour cela il faut inciter les chefs de village à organiser le nettoyage des sites de regroupement des survivants et il nous faut envisager le recrutement de psychologues locaux mieux à même de soulager la souffrance de leurs pairs ".
Ainsi se termine la journée pour ce médecin, dont l'énergie n'a d'égale que son humilité et qui demain à la première heure ira se ressourcer en courant durant une heure avant de recommencer ce qui le motive depuis toujours : soigner.
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